Pourquoi on a écrit ça — Pas un palmarès des belles plages. Pas un guide "top 10 restaurants". Un récit éditorial brut, deux mois après l’atterrissage. Ce qui a surpris, agacé, ravi. Ce qu’on a appris à éviter. Ce qu’on referait sans hésiter.
Le contexte
Nous sommes arrivées fin mars 2026 à Panama City — deux sœurs, 20 et 24 ans, deux chiens, depuis Paris. (Le récit du voyage Air France est ici si tu veux le détail). Aujourd’hui, jour 60, on écrit ce qu’on aurait voulu lire avant de venir.
C’est court 60 jours. C’est aussi suffisant pour avoir vécu : un mois en Airbnb à Marbella, un déménagement vers Bella Vista, l’ouverture d’une SA panaméenne avec Kraemer & Kraemer, le dépôt du visa Friendly Nations, l’ouverture de comptes bancaires (SA puis personnel), 12 visites d’appartements, 30+ trajets Uber, 4 visites vétérinaires, 2 RDV chez la dentiste, 6 écoles d’espagnol contactées, et environ 80 sandwich cubains.
Voici ce qu’on garde.
Ce qui surprend (en bien)
La fluidité du dollar US
Le Panama utilise le dollar US comme monnaie nationale depuis 1904. Le « balboa » officiel existe en pièces (centavos) mais aucun billet imprimé. Pour quelqu’un qui vient de la zone euro, c’est étrangement libérateur : pas de change à faire en arrivant, ta carte Wise USD fonctionne instantanément, les prix s’affichent en USD partout.
Effet de bord rigolo : tu réalises rapidement à quel point le tourisme panaméen vise les Américains, pas les Européens. Les menus et tarifs sont pensés en logique US (tip culture, portions, naming).
Le métro
On ne s’attendait pas à grand-chose. Le métro de Panama City a été inauguré en 2014 (Ligne 1) et 2019 (Ligne 2). Il est excellent : climatisé, propre, ponctuel toutes les 4-5 min en heure de pointe, 0,35 USD le trajet avec carte Metro. C’est l’un des meilleurs réseaux de transport public d’Amérique centrale. Pour les axes nord-sud, c’est la solution.
L’écosystème digital nomade
On ne mesurait pas. Casco Viejo, El Cangrejo et Marbella sont saturés de digital nomads — surtout américains, canadiens, mexicains, argentins, mais aussi pas mal de Français et Belges. Coworkings (Surco, Selina, WeWork), cafés laptop-friendly, événements meetup — la communauté existe. Avantage : on rencontre vite. Inconvénient : Casco Viejo se gentrifie à vitesse grand V, les prix grimpent.
La biodiversité dans la ville
Panama City n’est pas une ville-jungle, mais elle est enclavée dans la forêt tropicale. Le Parc Métropolitain (à 15 min en Uber du centre) abrite paresseux, toucans, capucins. L’Ancón Hill offre une vue panoramique du canal et de la skyline avec faune sauvage à 5 min de marche du centre. C’est unique — aucune autre capitale d’Amérique latine n’a ça.
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Ce qui surprend (moins en bien)
Le trafic
C’est la vraie nuisance n°1. Panama City fait 1,5 million d’habitants mais le réseau routier est sous-dimensionné. Les heures de pointe (7h-9h et 17h-19h) transforment 8 km en 45 minutes de Uber. Le métro sauve sur les axes nord-sud, mais pour aller de Bella Vista à Costa del Este (est-ouest), il n’y a aucune alternative au véhicule. Conséquence pratique : on planifie nos RDV pour éviter ces créneaux.
L’humidité
On était prévenues. Mais 70-90 % d’humidité, ça se vit dans le corps avant de comprendre intellectuellement. Tes vêtements en coton sortent humides du placard, le cuir moisit, les murs développent des taches noires si on coupe la clim. La climatisation devient un service essentiel, pas un luxe. Notre facture EDEMET (électricité) tourne autour de 110-150 USD/mois pour un T2 — c’est presque entièrement la clim.
La culture du conserje
Dans n’importe quel immeuble résidentiel, le conserje (concierge/gardien) est une figure quasi-omnipotente : il filtre les visiteurs, signe les colis, surveille les chiens, rapporte au syndic. Si tu te brouilles avec lui, ta vie devient désagréable. Apprendre à entretenir cette relation (saluer chaque matin, petits gestes — soda, pourboire à Noël) fait partie du package « vivre au Panama ». C’est différent de l’anonymat parisien.
La lenteur administrative
Banque, immigration, électricité, internet, livraison de mobilier — tout prend 2 à 4 fois plus de temps qu’en France. Pas de catastrophe, mais une nécessité de planifier large. Notre internet fibre (+Movil Hogar) a pris 8 jours entre RDV et activation, contre 24-48 h en France.
Ce qui agace vraiment
Le « ahorita »
L’expression panaméenne « ahorita » signifie « tout de suite » — sauf qu’en pratique elle veut dire « entre 30 minutes et 3 heures ». Le serveur qui répond « ahorita » à ta demande de l’addition. Le technicien qui dit « ahorita llego ». Le livreur Rappi qui annonce « ahorita ». Vivre avec « ahorita » demande de doubler tous les délais qu’on te donne. Apprendre à laisser respirer, à arriver 15 min en retard, à ne plus forcer un timing européen.
Les races interdites en location
On l’a découvert douloureusement pendant nos 12 visites d’appartements (détails ici). La majorité des règlements de copropriété (RPH) limite les chiens à 15-25 kg max, et certaines races (pitbull, rottweiler, dobermann) sont interdites. Notre cadette a un croisé berger de 26 kg — elle a été refusée 4 fois sur 12. Si vous prévoyez de venir avec un grand chien : filtrer les annonces sur le RPH avant la visite, pas après.
Les pourboires ambigus
15 % de service au resto sont automatiquement ajoutés sur la facture (ligne « 10 % servicio + 7 % ITBMS »). Beaucoup d’expats US ajoutent encore un pourboire par-dessus, ce qui crée des attentes que les Européens ne suivent pas. Notre règle : si le service inclus est sur la facture, on ne rajoute rien sauf service exceptionnel. Ne pas laisser de pourboire en plus n’est pas une faute culturelle.
Ce qu’on adore
Vivre dehors toute l’année
Pas de mois où il faut « se calfeutrer ». Tu peux dîner sur un rooftop de Casco Viejo en janvier, balader les chiens à Parque Urracá en mars, surfer à Playa Venao en juillet. Le climat tropical élimine la dimension saisonnière de la vie, c’est plus reposant qu’on ne l’imaginait.
La cuisine fusion
Panama City a une cuisine sous-estimée. Influences caribéenne + LATAM + asiatique (la communauté chinoise est l’une des plus anciennes des Amériques). Maito (chef Mario Castrellón) est dans le World’s 50 Best LATAM. Fonda Lo Que Hay pour la cuisine panaméenne moderne. Donde José pour le fine dining. Et le sandwich cubain à 4 USD du marché de mariscos qui rivalise avec un truc à 14 USD à Miami.
Les week-ends à 1-2 h
Sortir de Panama City est facile : Coronado plage à 1h30, El Valle de Antón (volcan, jungle) à 2h, Boquete (montagne, café) à 1h en avion régional, Bocas del Toro à 1h en avion régional, San Blas à 2h30 en 4×4 + bateau. On est passées par tous (sauf San Blas, prévu pour juillet) en 60 jours. C’est addictif.
La paix politique
Pas une banalité. Le Panama est l’un des rares pays d’Amérique latine en démocratie stable depuis 35 ans, sans armée, sans coup d’État récent, sans escalade narco. Les manifestations existent (Cobre 2023, ajustements salariaux), mais elles restent encadrées. Vivre dans un pays politiquement calme après les soubresauts français/européens, c’est un confort qu’on ne mesurait pas.
Les 5 décisions qu’on referait sans hésiter
- Vol direct Air France — 11 h vs 16 h+ avec correspondance, le chien le mérite.
- Premier mois en Airbnb avant le long terme — visiter les quartiers en vrai change tout.
- Cabinet Kraemer & Kraemer — trilingue, transparent, réactif.
- Bella Vista comme quartier — le compromis prix/marche/dog-friendly nous va parfaitement.
- Documenter en temps réel — Inside Panama existe parce qu’on écrit pendant qu’on vit. C’est devenu plus utile qu’on l’imaginait.
Les 3 décisions qu’on changerait
- Apostille de la Haye : faite à 5 semaines du départ, on a tremblé. 8 semaines minimum.
- Cage IATA chien : achetée 3 semaines avant. 6-8 semaines minimum pour habituer le chien.
- Comptable panaméen : trouvé en mai, après la SA déjà active. Trouver avant la SA pour synchroniser.
La phrase qu’on dirait à nous-mêmes en mars
« Le Panama, ce n’est pas une bulle exotique. C’est un pays normal — avec ses lourdeurs administratives, ses traffic jams et ses propriétaires capricieux — mais un pays où le ratio qualité de vie / coût d’entrée tient vraiment debout. Préparez les papiers en avance, choisissez bien votre quartier, apprenez à vivre avec « ahorita », et le reste vient. »
À nous-mêmes au jour 60, on dit aussi : continuez à écrire. Le plus utile pour les autres, c’est le détail vécu — pas la généralité.
Si vous préparez votre installation et avez une question précise, écrivez-nous : hello@insidepanama.com. On répond sous 48 h.
